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Coca ou cocaïne

Photo Mercopress
L’impact d’une petite feuille
La feuille de coca est le nerf de la guerre.qui continue à perturber la Colombie, finançant les guerrillas comme les paramilitaires.
Le Pérou est, quant à lui, divisé entre entre « cocaleros» légaux et « cocaleros » illégaux. En Bolivie, Evo Morales est le leader des cocaleros boliviens. Une de ses premières décisions fut de légaliser complètement la culture de la coca.
La feuille de coca joue un rôle économique, social et politique pour l’ensemble des pays qui vont de la Colombie à l’Argentine. La culture et la consommation traditionnelle y sont omniprésentes.
Cette consommation traditionnelle consiste en la « mastication » de boules de feuilles de coca (cette mastication est en fait une succion prolongée dans le coin de la bouche, entre la gencive et la joue). La grande majorité de la population consomme la coca, toutes classes confondues. Même à Salta, dans le Nord de l’Argentine, les députés « mastiquent »pendant les sessions du parlement.
La potion magique
C’est une des plantes domestiques les plus anciennes (on en trouve des traces jusqu’à il y a 4000 ans) de la région latinoaméricaine. Elle a joué et continue à jouer un rôle fondamental à travers ses divers usages : médical, social et religieux. La feuille de coca se consomme pour se maintenir éveillé lors du travail ou pour s’assurer un bonne digestion. Elle se distribue et se partage en signe de bonne volonté, elle s’applique sur les plaies, elle s’offre aux dieux…. Son importance est telle qu’elle est allée jusqu’à servir de monnaie:
Une étude réalisée par la Harvard University en 1975 révèle que la mastication de 100 grammes de coca permettent de satisfaire les besoins nutritionnels d’un adulte pendant 24h grâce à sa teneur en calcium, protéines, vitamines A et E, en plus des alcaloïdes (Duke, James A., David Aulik, and Plowman.: Nutritional Value of Coca).
Un peu d’histoire

L’Eglise a commencé par interdire cette « plante du diable » dans les colonies. Mais les indigènes refusaient de travailler sans coca (alors que, avec coca, ils pouvaient travailler 48h dans une mine sans boire ni manger) amenant Philippe II à en autoriser l’usage. L’Eglise s’est alors contentée d’établir une dime. L’usage de la feuille de coca s’étend alors jusqu’en Europe où les médecins découvrent ses vertus énergétiques et digestives. Au milieu du XIXè siècle (1863) un entrepreneur français, invente un « vin » à base de coca. Le vin Mariani obtient rapidement un succès mondial, au point de recevoir une médaille du pape Léon XIII. Il est imité par Pemberton, un pharmacien d’Atlanta qui lui ajoute de la noix de cola africaine et une composante gazeuse et la commercialise comme remède contre les problèmes gastriques (le premier coca-cola s’appelait French Wine Cola). Le Coca-Cola obtient rapidement un succès mondial et devient une des boissons les plus consommées du XXè siècle.
‘’La plante de coca non seulement préserve la santé de tous ceux qui la consomment, mais aussi prolonge la vie de plusieurs années et permet aux consommateurs de développer un effort physique et mental prodigieux.’’ Dr John Pemberton – 1885
Pendant la même période les effets anesthésiants de la cocaïne sont découverts en Europe (les Incas réalisaient des trépanations grâce au pouvoir anesthésiant de feuilles de coca). Celle-ci est utilisée pour des opérations dentaires ou oculaires.
Mais le XIXè siècle a aussi vu la recherche découvrir le principe actif de la coca, la cocaïne, et ses effets médicaux et psychotropes. Freud devient le premier cocaïnomane connu. Un de ses amis, à qui il avait prescrit la cocaïne pour se sevrer de la morphine, meurt d’une overdose. Les effets négatifs de la cocaïne en tardent pas à être connus : paranoïa, addiction, overdoses. Un front de la prohibition se forme et amène Coca-cola à supprimer tout principe actif de la boisson (le premier coca-cola contenait donc à la fois de la cocaïne, de la théobromine et de la caféine, ce qui permet d’expliquer son rapide succès). Aujourd’hui, Coca-cola utilise officiellement des feuilles de coca pour en extraire le goût, mais pas le principe actif.
Ces feuilles proviennent de plantations « légales » de coca au Pérou, à destination de Coca-cola. Chaque année, la Stepan Company, seule personne morale autorisée aux Etats Unis à importer et utiliser des feuilles de coca, importe 100 000 tonnes de feuilles du Pérou et de Bolivie, en extrait la cocaïne et le vend à Coca-cola (la cocaïne est vendue à Mallinckrodt, entreprise pharmaceutique). Ces plantations « légales » côtoient les plantations illégales, qui, elles sont traquées et détruites. Les Etats-Unis sont à la fois le pays qui importe légalement de la coca et le pays qui sponsorise la lutte contre les champs de coca, notamment à travers le Plan Colombia, qui vise à détruire par fumigation les champs colombiens.
Coca contre cocaïne
Le Docteur Jorge Hurtado, psychiatre bolivien est parti de plusieurs constats:
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La feuille de coca n’est pas une drogue et peut être utilisée à de bonnes fins
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La cocaïne est une drogue contre laquelle il faut lutter
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Le trafic de cocaïne est un mal terrible pour la région andine (Colombie, Pérou, Bolivie, Equateur…).
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La lutte contre le trafic de cocaïne, telle qu’elle est menée aujourd’hui, est aussi un mal pour la région: la guerre menée contre les cocaleros n’a pas de sens.
Il a donc fondé le Museo de la Coca de La Paz pour communiquer sur la différence qu’il y a entre la feuille de coca, à l’usage médicinal et traditionnel, et la cocaïne. Il découvre que la mastication de la coca est un bon moyen de sevrer les cocaïnomanes et la prescrit comme traitement à ses patients. En 1992, il participe à la création d’un collectif visant à trouver des solutions non violentes à la guerre contre le trafic de drogues. Ce collectif devient une plate-forme réunissant des intellectuels, scientifiques et hommes politique de Bolivie, Pérou, Colombie, Equateur et Vénézuela.
Le témoignage d’un paramilitaire colombien
Un article de RFI sur un français élu maire d’une ville péruvienne et défendant les cocaleros
Le livre du Dr Hurtado (en anglais)
Nonviolent peaceforce (ONG européenne)
Centro de documentacion e informacion Bolivia
Comite impulsor de la estrategia de revalorizacion de la hoja de coca
Coordinadora regional de investigaciones economicas y social
TNI (Transnational Institute – Instituto Transnacional)
Washington Office on Latino America
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