Double fracture au Vénézuela
Novembre 2009, depuis Caracas, Vénézuela
Après les premières impressions, quelques pistes un peu plus fouillées sur le Vénézuela… Le pays souffre d’une double fracture : fracture numérique et fracture politique.
Politiques sociales
Le Vénézuela est divisé en deux. Chavistes et “opposition” s’affrontent sur tous les sujets et ne se mélangent pas. Cela va jusqu’à être géographique puisque Caracas est divisée en deux : les chavistes à l’ouest et l’opposition à l’est. Cela est particulièrement vrai sur la question de l’impact des politiques sociales. Pour les chavistes le pays est en progrès et marche vers le communisme. On y voit nettement l’influence de Cuba, en particulier dans le vocabulaire (”Patria socialismo o muerte”) utilisé dans les discours, les slogans, les murales… Les points communs entre les deux pays sont nombreux : la politisation de la vie quotidienne (”tout est politique”), l’amour inconditionnel du baseball, le mépris du football, l’omniprésence de la musique, et pas de n’importe laquelle (salsa et reggeaton), un système économique qui se veut alternatif, une économie informelle aussi importante, voire plus, que l’économie officielle, et la corruption.. Cela fait frémir les gens d’opposition quand je leur fait la comparaison. Pour eux le pays est dans une décadence terrible. Selon eux les politiques chavistes ne sont là que pour acheter les votes de la population. Ce ne sont pas des politiques de développement mais des cadeaux sans lendemain. Selon eux, Chavez est en train de plonger le pays dans le chaos et cela au détriment des classes moyennes et des plus pauvres, les plus riches s’étant arrangés pour s’enrichir encore plus en profitant du régime.
Initiatives sociales
Mais d’un côté comme de l’autre on trouve un grand dynamisme en termes d’initiatives sociales. De la musique pour éduquer les jeunes des bidonvilles à sortir de la violence (el sistema), des banques communautaires (Fundefir), de l’ecotourisme, de la protection de la nature (Le Programa Andes Tropicales, la Fundacion Geoparques, la toute récente Fundacion Cuyagua…) , ainsi que les nombreux projets pour améliorer la situation des “barrios” (comme le projet Colibri)… Les initiatives sociales sont nombreuses, souvent innovantes, et couvrent tous les secteurs.
Le contexte y est favorable : d’une part il y a beaucoup de travail, on a besoin d’initiative sociale. D’autre part il y a comme une compétition pour apparaître comme celui qui défend le mieux le progrès social, entre chavistes et opposition. Car si des deux côtés l’initiative sociale est au rendez-vous, cela ne les rapproche pas pour autant. Ainsi l’orchestre de Abreo qui fait jouer de la musique classique aux jeunes des bidonvilles a tout le soutien du pouvoir auquel il est assimilé. Chose intéressante, il a sa réplique “d’opposition”, l’orchestre de Maria Guinan, qui n’opère pas dans les même endroits et s’autofinance par des concert car il n’a pas le soutien du pouvoir…
Social media
Chose intéressante, les deux partis sont tout à fait conscients de l’enjeu des nouvelles technologies, et en particulier d’internet et des media sociaux. Au Venezuela l’ accès aux télécommunications est considéré comme un des droits de l’homme (et le Venezuela travaille à un projet de câble sous-marin pour connecter enfin Cuba), ce qui a entraîné la nationalisation de cantv, entreprise de télécoms. Mais l’Etat a actuellement d’autres priorités, comme faire face aux coupures d’électricité et au manque d’eau, qui exaspèrent la population.
Malgré une croissance des lignes fixes de 220% annuellement, le Venezuela reste en retard en termes d’infrastructure. Les venezueliens compensent ce manque par l’usage du téléphone portable : il y a plus de portables que de lignes fixes et il est courant d’en avoir plusieurs (il y a 27 millions de portables, soit autant que de vénézueliens). Le Venezuela est un des pays au monde où l’on s’envoie le plus de SMS.
La connexion internet souffre de ce retard en infrastructures :: 7.167 million de personnes sont connectées (2008).. Il y a donc bien une “fracture digitale” qui laisse la majorité du pays sans connexion. Des connexions commencent tout juste à arriver dans les “barrios” les plus chanceux, mais les “centro de conexiones” (cyber cafés) sont encore loin! Il y a là un énorme potentiel de croissance du secteur des télécoms, surtout quand on prend en compte les classes moyennes et hautes du pays et leur affinité au nouvelles technologies. Le Blackberry y fait des ravages, sans être moins cher qu’ailleurs.
Par contre, les vénézueliens qui ont une connexion l’utilisent à fond : tout le monde est sur facebook, sans distinction d’âge ou de parti politique, a tel point que les entreprises en bloquent l’accès; twitter commence sa pénétration… Et si l’on observe les “twitteurs” les plus suivis, on retrouve la fracture politique : ceux qui ne sont que louanges pour le gouvernement et vilipendent le “capital” et ceux qui ne parlent que de coupures d’électricité et de manifestations réprimées forment comme deux mondes imperméables.
Quelques chiffres sur le Vénézuela et internet:
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