Trafics et tensions à la frontière

February 18th, 2010 § 0

Novembre 2009, frontière colombo-vénézuelienne…

Chavez a appelé les vénézueliens à se préparer à une éventuelle guerre.

Que s’est-il passé?

Deux gardes nationaux vénézueliens ont été abattus à la frontière colombienne, cela a été reçu comme une provocation et Chavez a monté le ton. Mais dans son propre camp, c’est pris à la rigolade : “pourquoi t’as un sac aussi gros? tu pars à la guerre?”me dit-on à Mérida, où je suis venu voir Ekkaia, l’agence d’écotourisme développée par le Programa Andes Tropicales (article en cours). “N’oublie pas ton fusil à pierre!” “les soldats vénézueliens sont tous obèse, la graisse ne fait pas de vainqueurs”
.

Je pensais prendre un bus direct de Mérida (Vénézuela) à Bogota (Colombie), mais le chemin jusqu’à la frontière n’est pas si simple : bus à 3h du matin jusqu’à San Cristobal, suivi d’un autre bus à 7h jusqu’à San Antonio, ville frontière. Plus on se rapproche de celle-ci, moins on avance : contrôles des identités par les militaires,  embouteillages bloquant les routes autour des stations services (les colombiens viennent faire le plein dans ces stations où l’essence est moins chère que l’eau).

Pourtant, une fois à la frontière, tout semble calme. Une discussion avec deux journaliste, un français et un correspondant d’un journal local me permet d’entrevoir l’envers du décor. La ville est le centre de toutes sortes de trafics, en particulier de contrebande de produits vénézueliens vers la Colombie. Les vénézueliens en veulent au colombiens de ne rien faire contre la contrebande et de profiter de leurs produits. Les colombiens, eux, en veulent aux vénézueliens de ne pas empêcher les paramilitaires (guerrilleros, farc…) de venir se réfugier au Vénézuela. Ces derniers sont très puissants dans la région. Il y a deux semaines ils ont ordonné une fermeture de tous les magazins pendant une journée. Résultat, San Antonio a vécu un jour férié impromptu, respecté par tous les commerçants.
Le journaliste local nous explique qu’il y a une “zone d’invasion” (zona de invasion) juste à côté de la ville, où qui veut traverse la frontière, généralement avec de la drogue ou des marchandises. “Il y a peu ils étaient allés jusqu’à construire un deuxième pont en bois au dessus de la rivère [en plus du pont de la frontière officielle].” Le pont a été détruit mais la rivière est peu profonde, il est très facile de passer à pied. On voit de tout,  nous raconte-t-il, il y a quelques jours, trois faux prêtres espagnols en col romain et soutane ont été pris en train de passer de la drogue.

Après cette rencontre très instructive, je passe la frontière à pied. Personne ne me demande rien, aucun contrôle. Effectivement, beaucoup de gens partent du Vénézuela chargés de paquets.

DSCN0303

Sous le pont, j’aperçois un homme transportant (pas très) discrètement des bidons d’essence.

DSCN0308

Une fois le pont passé, la frontière colombienne n’est pas plus compliquée : personne ne me demande rien et je me retrouve en Colombie, face à une rangée de revendeurs d’essence. D’après le journaliste vénézuelien un décret colombien n’interdit plus la revente d’essence de contrebande sur le sol colombien. Cela se voit, toute la zone est envahie de revendeurs.

DSCN0314

Une fois en Colombie, la perception des tensions changent : on m’explique que Chavez a fait autant de bruit pour qu’on ne parle pas des problèmes intérieurs vénézueliens. C’est vrai que le pays traverse une phase difficile: rationnement d’eau, coupures d’éléctricité. Certains produits, comme le sucre, se font rares…

J’arrive à la gare de Cucuta, ville frontière colombienne. Autant j’avais l’impression qu’au Vénézuela tout le monde était vénézuelien, autant j’ai maintenant l’impression que tout le monde est colombien, alors que j’étais loin d’être seul à passer la frontière. Peut-être est-ce à cause de ce que m’expliquait le journaliste : il est très facile d’obtenir – souvent il s’agit de l’acheter- la nationalité vénézuelienne. C’est plus simple pour passer la frontière et faire ses courses.

La gare de bus de Cucuta vaut le détour: un grand chaos, je suis assailli par les rabatteurs. Un homme passe à quatre pattes devant moi, un autre vient me prendre par le bras et m’expliquer que puisque je suis français, je dois prêcher la parole de Dieu en Colombie, pays le plus libre du  monde, contrairement au Vénézuela, par la volonté du Seigneur.

Une fois dans le bus, un vendeur ambulant vient refiler des objets sculptés en aluminium à partir de cannettes récupérées. L’homme est borgne et charismatique, il fait répéter à tous les passagers du bus qu’ils croient en Dieu, raconte ses déboires au Vénézuela (les colombiens sont très mal accueillis nous explique-t-il, s’ils sont pris sans papiers ils sont automatiquement jugés comme paramilitaires (guerilleros)), jure qu’il ne vend rien, qu’il offre tout, met des sculptures dans la main de tout le monde, avant de passer récupérer des “dons libres et non-marchands mais ces choses là valent au moins 5000 pesos”. A mesure que le bus avance et laisse ou récupère, Viennent la vendeuse de chips, puis le vendeur de poulet, suivi d’une femme qui nous attendrit avec des photos monstrueuses d’enfants mangés par les parasites pour nous vendre ensuite des extraits de plantes bons contre “les parasites, les gaz et la mauvaise haleine”.
Le bus est arrêté peu après par la police, qui vérifie que nous ne transportons pas de produits de contrebande. Vu l’état de nervosité de ma voisine, je comprend vite que nous en transportons effectivement. Après une demi heure de vérifications et de fouilles nous repartons sans qu’ils n’aient rien vu. Au grand soulagement de ma voisine qui me confirme qu’elle a effectivement “deux-trois petites choses” planquées dans le bus.
Tout cela est suivi d’un bon film de Jackie Chan, puis de Calvin le voleur nain et les seize heures de bus passent pour me laisser à Bogota où l’on m’apprend que la Colombie a déposé une plainte à l’Organisation des Etats Américains, et que Chavez a répondu qu’il n’a jamais parlé de guerre, sinon pour exposer son point de vue pacifiste.

Quand l’écotourisme passe à l’e-commerce

November 11th, 2009 § 1

DSCN0260

Mucuposada El Trigal

3800 mètres d’altitudes dans les Andes Tropicales, au-dessus de la ville de Mérida, Vénézuela.

Irene, la propriétaire de la mucuposada (auberge labellisée)  vient m’accueillir. C’est une femme de petite taille,  entre deux âges. Elle a la voix assez rauque et un regard décidé.  Il n’y a pas de clients aujourd’hui et elle peut donc me faire visiter la posada. C’est une auberge peinte en jaune et bleu, très simple, pouvant accueillir une quinzaine de “turistas”.
DSCN0246

Irene ne me parle jamais de “posada” (auberge) mais de “mucuposada.”.Il s’agit de se démarquer des auberges normales en offrant une garantie de qualité, d’authenticité, et d’ impact socio-environnemental. Les mucuposadas sont comme un label d’auberges tenues par des locaux et contribuant au développement durable local. Elles  ont été développées par le Programas Andes Tropicales (PAT), qui travaille à la protection de la nature et au développement local dans cette région.  Irene a été une des premières à bénéficier des cours et des aides du Programas Andes Tropicales. Elle a suivi plus d’un an de formation  (écotourisme, comptabilité, normes d’hygiène…) puis le PAT lui a accordé un micro crédit et a commencé à lui envoyer des clients. Aujourd’hui, elle a pris un second microcrédit pour s’agrandir, elle fait partie du conseil communal et travaille à la construction de logements pour faire face à la pénurie de “viviendas”.

DSCN0259

Le Programa Andes Tropicales

La Fondation Programa Andes Tropciales (PAT) a pour mission de préserver l’environnement des Andes Tropicales, riche d’une grande biodiversité, tout en stimulant un développement (durable) local. Le PAT dispose d’un laboratoire de cartographie qui vend ses services de façon à financer les activités de la Fondation. Le laboratoire a cartographié la région en GPS et permet de visualiser les chemins de randonnée (voir les cartes ici) et les auberges. Le PAT a aidé à la création de coopératives et de microentreprises familiales comme celle d’Irene, financées par des microprêts. Le PAT forme les populations locales au développement durable, à la gestion, et au tourisme, avant de les laisser indépendants. Les microentreprises formées vendent des produits touristiques, à travers Ekkaia (l’agence de tourisme du PAT) ou d’autres agences;

A travers Ekkaia, le PAT a pour objectif de faire connaître ces produits touristiques et de les vendre pour aider au développement des populations locales et trouver des financements pour les projets de conservation de l’environnement. L’équipe du PAT est très branchée nouvelles technologie: on trouve des minipcs dans leurs bureaux, tous travaillent connectés en permanence sur skypa, ils ont développés plusieurs sites, plusieurs blogs, un twitter et une page facebook…

DSCN0216

Le problème est que ces sites ont une faible visibilité sur internet. Ekkaia est déjà un groupe de musique et le nom d’une forêt dans Le seigneur des anneaux , ce qui fait que le site arrive en très mauvaise position sur google. Les différentes pages et blogs étant dispersées et mal reliées,  leurs visiteurs ne se “transforment” pas. Ils viennent voir le site, découvrent le programme mais peu décident de sauter le pas d’acheter un produit touristique. Le problème est donc double, il faut augmenter les liens entre les réseaux sociaux et transformer les sites et les blogs en des instruments de vente. C’est le défi auquel cherchent à répondre tous ceux qui proposent des produits en ligne  : transformer le visiteur en acheteur.

Et vous, comment faites-vous pour transformer vos visiteurs?

Liens

Le site du Programa Andes Tropicales

Le site d’Ekkaia

Les blogs :

http://niquitao.wordpress.com/

http://pueblosdelsur.wordpress.com/

http://www.turismoencalderas.com/

La page facebook

La page du fondateur, Yves Lesenfant, sur Ashoka

DSCN0271

What do you think of this post?
Awesome (0) Interesting (0) Useful (0) Boring (0) Sucks (0)

Related posts:

  1. Double fracture au Vénézuela Double fracture au Vénézuela Novembre 2009, depuis Caracas, Vénézuela Après...
  2. Boyacà Novembre 2009, Duitama, Colombie. La Colombie est réputée pour être...
  3. Les meilleurs entrepreneurs de Colombie sont la mafia et les pasteurs évangélistes Novembre 2009, depuis Bogotà, Colombie « Nous avons une plus...
  4. La fracture numérique en Colombie Novembre 2009. Depuis Bogotà, Colombie Internet a un taux...

Related posts brought to you by Yet Another Related Posts Plugin.

Tagged: , , , , , , , , , ,

§ Leave a Reply

What's this?

You are currently reading Trafics et tensions à la frontière at Socialter.

meta