Depuis le barrio de la Moràn, Caracas, Vénézuela
El barrio de la Moràn

Juste avant d’arriver à la station, le métro tombe en panne: coupure d’électricité. Les gens soupirent mais ne s’énervent pas, apparemment il y en a beaucoup en ce moment. Après une bonne attente des agents nous font passer de wagons en wagons jusqu’à arriver au niveau du quai. Ouf. Je sors du métro pendant que les agents annoncent que la station va fermer pour cause de panne d’électricité.
7h30 du matin, Perez Gonalde, une station avant la fin de la ligne. L’ambiance, les gens, les bâtiments, tout est différent du Caracas Est. A l’ouest, c’est plus pauvre et plus animé. Malgré la panne je suis à l’heure pour mon rendez-vous avec José, qui sera mon guide dans le « barrio » (bidonville) de la Moràn. Le barrio est accroché sur une colline escarpée. Heureusement les ruelles sont assez larges et un système de taxi collectif peu cher s’est développé. Nous finissons le trajet à pied, par des chemins de terre à flanc de colline et des ruelles traversant des ensembles de maisons en parpaing ou en tôle.

Après une zone où toutes les maisons sont repeintes de toutes les couleurs et donnent un véritable charme aux ruelles, nous arrivons à l’école. C’est un bâtiment bleu et blanc perché au milieu de la colline, aux allures de neuf, et qui paraît un havre de paix, de propreté et de sécurité par rapport au reste du quartier. « C’est plus sûr de laisser ses enfants à l’école, chez eux ils peuvent prendre une balle perdue quand leur maison est en tôle » fait remarquer José, « mais beaucoup ne le comprennent pas ». Cette école est tenue par des religieuses, des associations et divers mécènes. Sans eux il n’y aurait pas d’école dans ce « barrio » pas plus qu’il n’y a de commerce (officiels) ou de poste de police.

El laboratorio
José me fait ensuite entrer dans le « laboratorio ». Une salle équipée de plusieurs dizaine de (bons) ordinateurs, récupérés par l’association Dividendo Voluntario et connectés à internet grâce à des installations de l’association Colombbus. Celle-ci a aussi dispensé des formations à l’utilisation de logiciels aux membres de la communauté.
Dans cette salle José dispense des cours : utilisation basique d’un ordinateur, du clavier, du pack office. Les élèves sont encouragés à avoir une adresse mail et à envoyer leurs travaux par cette voie. En dehors des cours, les gens du quartier, surtout les enfants et les adolescents, viennent se connecter (pour un bolivar de l’heure) et imprimer (pour le même prix).

Poignardé
José a aussi crée un début de blog sur les actualités de la communauté, il accepte notre aide et nous nous mettons au travail sur un nouveau blog/facebook/twitter. L’objectif est très simple : reconstruisons l’image du barrio. Le barrio de las Moràn souffre d’une image terrible. Les premiers résultats google (Vénézuela) pour « barrio de la Moràn » sont éloquents : « arrestation de 15 délinquants recherchés dans tous le pays » (il m’apprend qu’après avoir payé la police ils sont revenus), « assassinat », « crime »… La violence du quartier est une réalité : Le barrio de la Moràn est une « zone rouge », c’est-à-dire une des zones les plus dangereuses du pays, José me fait remarquer les impacts de balle sur les maisons, me raconte sa peur qu’un jour les « hommes armés » viennent et prennent tous les ordinateurs, et évoque le dernier crime commis dans le quartier, remontant à quelques jours : un homme qu’une bande à roué de coups, avant de le poignarder, puis de le jeter du haut d’un fossé, pour ensuite le brûler à l’essence, avant de l’écraser à coup de pierres… Les statistiques ne sont pas plus tendres : il y a plus de quarante tués par week-end dans les barrios de Caracas. La situation des barrios (des dédales de ruelles escarpées inaccessibles) et leur constitution spontanée en fait des zones de non droit propices à la criminalité. Quand je lui demande si des autorités informelles se sont constituées il me répond assez directement « Pour être franc, ici, c’est l’anarchie, le seul moyen, c’est de ne pas se mettre dans des histoires ».
Si cette violence des barrios est une réalité indéniable, il n’en existe pas moins des initiatives intéressantes, qui sont occultées par cette violence. Un barrio c’est avant tout une communauté de gens normaux. J’ai rarement été aussi gentiment et joyeusement accueilli (et nourri). Ces gens y vivent au quotidien et y développent ce qu’ils peuvent pour survivre : on me fait visiter une micro entreprise de couture. Celle-ci n’est pas encore lancée, lorsque nous arrivons les dernières machines sont en train d’être mises en place. « Lancement la semaine prochaine » nous dit la propriétaire des lieux. Il y a pour l’instant de la place pour sept personnes. Les cours de couture dispensés seront gratuits, puis ceux qui veulent seront embauchés pendant un temps comme « apprentis » avant de devenir indépendants. Autre initiative, Angel a monté avec d’autre « socios » (associés) une entreprise de nettoyage. Ils n’ont pour l’instant que quelques employés. Cela fait trois mois qu’ils sont lancés et ils sont sur le point de décrocher leurs premiers contrats. Les personnes employées sont du barrio, et l’objectif est que ce soit elles qui gèrent la société. Enfin, on me raconte que des chœurs se sont organisés dans le barrio avec l’objectif tout simple d’adoucir les mœurs des enfants par la musique. Aujourd’hui ils se produisent dans de grands théâtres.
Les personnes de la communauté sont donc très sensibles à la thématique de leur image. Sans occulter la violence, il est plus intéressant de montrer ce qui se fait malgré la violence. Les premiers résultats google (France) pour « barrio de la Moràn » sont ainsi ceux qui traitent du projet Colibri.
Colibri
C’est une association française, Colombbus, qui est à l’origine de ce projet, aidés par des profs et des étudiants Vénézueliens. L’idée est de mettre en place un outil d’optimisation de suivi des « communautés ». Lisez la suite pour voir que ce n’est pas compliqué.
Comment ça marche ?
Colibri recense l’information : données topographique, démographiques, sociologiques, sanitaires, économiques… Par exemple l’accès à l’eau, l’électricité, le nombre de chômeurs, les habitations délabrées…etc. Ces informations doivent pour parties être collectées à la main pour l’état et quittent ensuite le barrio. L’idée est de les garder, les compléter et les formaliser (cartographie, classement, statistiques…) pour qu’elles soient utilisées par et pour le barrio.
Pourquoi faire ?
Avec cette information, Colibri permet de constituer un état des lieux de la communauté, ici, du barrio. Cela permet de mesurer ce qui a été fait et ce qui est à faire en termes de développement. Ainsi, les pouvoirs publics, ONG et entreprises savent quels sont les besoins de la communauté et peuvent y répondre de meilleure manière. C’est aussi un moyen pour les responsables de ces communautés de faire valoir leurs besoins de manière objective et de permettre aux regards extérieurs d’appréhender facilement une réalité complexe. Par exemple, le fait de connaître précisément les habitations délabrées d’une zone permet de savoir qui est le plus vulnérable en cas de tremblement de terre (prévention des catastrophes par la cartographie), qui sont courants au Vénézuela.
Un outil 2.0.
Colibri est conçu de manière participative. L’objectif est que ce soient les habitants qui constituent, alimentent et gèrent la base. Qu’ils puissent s’en servir pour prendre des décisions de manière participative et suivre eux-mêmes les actions qui sont menées en leur sein.
Colibri sera libre et proposé à toutes les communautés où collecter puis traiter l’information en faisant participer les populations sont devenus des préoccupations indispensables à la résolution des problématiques de développement dans des contextes particuliers.
Ce projet est en cours de développement et a donc besoin de soutien : de l’aide, des contacts, des fans, des relais médiatiques… N’hésitez pas à les contacter, voire à les rejoindre.
Site colombbus : http://www.colombbus.org
Blog du projet Colibri : http://colibri.palabre.org
Radio – RFI – Atelier des médias :http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/emission-891-mozilla-efficace
Web – 27émé region : http://www.la27eregion.fr/Les-barrios-tentent-la-voie-du

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